Mur de briques avec joints fraichement refait

Le rejointoiement : bien plus qu’une question d’apparence

On pense souvent à tort que le mortier entre les briques n’est qu’une colle esthétique. En réalité, il agit comme un coussin amortisseur qui absorbe les mouvements naturels du bâtiment, tout en formant une barrière étanche qui protège la structure des intempéries. Pour mieux saisir l’importance de cette intervention, il faut d’abord voir ce que comprend réellement un rejointoiement bien exécuté.

Qu’est-ce que le rejointoiement ?

Le joint est l’espace entre les briques. Le mortier, un mélange qui lie et protège la maçonnerie, le remplit. Avec le temps, ce mortier peut se dégrader et doit être remplacé. Le rejointoiement consiste à retirer le mortier détérioré pour le remplacer par un nouveau mortier aux mêmes caractéristiques que celui d’origine. Selon l’état de la façade, le rejointoiement peut être partiel ou couvrir l’ensemble de la façade.

Pourquoi rejointoyer ?

Parce que si on attend : on ne parle plus de rejointoiement, mais de reconstruction partielle ou totale.

Quand le mortier se dégrade, l’eau peut s’infiltrer dans la maçonnerie. L’hiver venu, cette eau gèle, se dilate, et pousse progressivement le mur vers l’extérieur. C’est ce qu’on appelle le « ventre-de-bœuf », ces sections qui font apparaître le mur bombé. Une maçonnerie bombée ou déformée peut indiquer des problèmes structurel ou d’ancrage et devrait être évaluée avant de décider des réparations appropriées.

Et les dommages ne s’arrêtent pas là. L’humidité qui s’infiltre dans les murs finit par atteindre l’isolation, les structures de bois, voire les fondations. Elle favorise l’apparition de moisissures, dégrade la qualité de l’air intérieur et peut compromettre la solidité structurale du bâtiment à long terme. Une intervention simple en amont peut éviter des travaux majeurs et coûteux, sans compter la dévaluation de la propriété.

Les signes à ne pas ignorer : joints qui s’effritent ou se creusent, fissures visibles, taches d’humidité sur les murs intérieurs, briques qui commencent à bomber.

Une façade de brique bien entretenue peut durer plus d’un siècle. Négligée, elle nuit au bâtiment qu’elle est censée protéger. Mieux vaut agir tôt.

Façades en brique et maçon effectuant des travaux de rejointoiement

Un travail de spécialiste

Le rejointoiement est une expertise à part entière qui comporte plusieurs étapes. Voici pourquoi :

L’inspection et l’analyse

Avant de toucher quoi que ce soit, les professionnels – avec l’expertise du maçon – identifient la cause de la dégradation et analyse la composition du mortier existant. Un mortier trop rigide, par exemple, peut endommager les briques plus fragiles. Chaque façade a sa propre recette.

Le dégarnissage

Le vieux mortier est retiré manuellement à l’aide d’outils spécialisés, telle qu’une meuleuse. L’objectif : enlever suffisamment de matière sans casser les briques. Une erreur ici, et c’est la brique entière qu’il faut remplacer.

Le nettoyage et la préparation

Une fois les joints dégagés, la poussière et les résidus sont soigneusement aspirés à la source. Cette étape est souvent sous-estimée, mais elle est cruciale : un joint propre, c’est s’assurer que le nouveau mortier adhèrera correctement et durera longtemps.

Le rejointoiement par couches

Le mortier est appliqué en plusieurs couches successives, compacté à chaque étape pour éliminer les vides et assurer une densité optimale. La finition du joint, comme sa forme et sa couleur, est ajustée selon le style architectural du bâtiment.

La cure

Le travail ne se termine pas avec le dernier joint. Pour développer toute sa résistance, le mortier doit sécher uniformément. Selon les conditions météo, il doit être protégé du soleil direct, du vent ou du gel pendant la cure. Un séchage trop rapide peut fissurer le joint avant même qu’il soit pleinement efficace.

Les défis que seul un spécialiste sait anticiper

Le piège du mortier trop dur

C’est l’erreur classique des entrepreneurs non spécialisés : utiliser un mortier moderne sur un bâtiment ancien ou patrimonial. Le résultat ? Un mortier plus dur que la brique elle-même. Au fil des cycles de gel et de dégel, c’est alors la brique qui éclate, et non le joint. Un maçon d’expérience sait analyser la composition du mortier existant et formuler le mélange adapté à chaque bâtiment.

La météo : un facteur qu’on ne contrôle pas, mais qu’on gère

Le mortier est un matériau vulnérable aux éléments extérieurs. Trop de chaleur ou de vent, et il sèche trop vite et fissure. Il gèle, et c’est tout le travail à recommencer. Les maçons doivent ainsi constamment composer avec la météo : bâcher les échafaudages, humidifier les briques avant l’application, surveiller la température.

La préparation du joint : le travail invisible

Avant d’appliquer quoi que ce soit, les joints doivent être vidés de leur vieux mortier, sur une profondeur souvent équivalente à deux fois l’épaisseur du joint. Ce ratio garantit une profondeur suffisante pour que le nouveau mortier adhère correctement et développe sa résistance dans le temps. Trop superficiel, il se décrochera prématurément.

Ce travail de préparation représente souvent une bonne partie du travail des maçons.

À retenir

Une façade endommagée ne s’améliore pas avec le temps. Un joint abîmé peut sembler mineur, mais les conséquences peuvent rapidement devenir majeures. Une intervention au bon moment permet d’éviter des travaux lourds et de limiter les coûts.

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